AIDER LES SOIGNANTS EGALEMENT

Motivés par la peur

"Lorsque je pratiquais la chirurgie à l'université de Bruxelles, j'étais chargé d'organiser des tours de salle afin de familiariser les étudiants avec la vie du service d'urologie. Je profitais de ce temps privilégié pour interroger ces jeunes hommes et ces jeunes femmes sur les motivations qui les avaient amenés à entreprendre leur formation médicale. Certains me répondaient que leur choix s'était imposé comme une évidence. L'exemple d'un père médecin, l'admiration pour une mère infirmière, l'attrait d'un "beau métier", la volonté de consacrer sa vie au service d'autrui, la soif de mieux connnaître la nature humaine, l'envie d'une reconaissance sociale, l'appât du gain représentaient autant d'arguments évoqués avec beaucoup de franchise et de spontanéité. D'autres m'avouaient s'être engagés "un peu par hasard" dans ces longues études sans trop savoir où elles les méneraient ; une sorte de détachement semblait présider à leur destinée. Pourtant, peu importait la motivation avouée par ces étudiants ; lorsque je poussais mon interrogatoire un peu plus loin, très vite une autre raison apparaissant justifier leur désir d'embrasser la profession médicale. Derrière l'envie d'imiter un parent ou de pratiquer un métier utile, bien souvent je découvrais une grande appréhension. Une immense peur de la maladie. Une profonde crainte de la mort.

Ainsi, certains médecins trouveraient l'énergie nécessaire pour accomplir leurs études et assumer leur métier dans le besoin inconscient de se libérer de leur peur de la maladie et de la mort. Bien entendu, quelques cas ne suffisent pas à valider cette hypothèse. Néanmoins, les réponses des étudiants, le témoignage de nombreux confrères et l'examen de mes propres motivations me laissent penser qu'elle n'est pas dénuée de sens. Je me souviens parfaitement du jour où j'ai décidé de devenir chirurgien. J'avais cinq ans ; ma mère venait d'être opérée d'une hernie discale. Lorsque j'ai croisé son orthopédiste dans les couloirs de l'hôpital, je me suis dit que moi aussi, un jour, je réparerais les corps cassés, je sauverais des vies, je m'arrangerais pour que ma mère ne soit plus jamais malade. Un enfant apeuré se cache-t-il au fond de chaque médecin ? La question mérite d'être posée car, si cela devait être le cas, les médecins gagneraient beaucoup à apprivoiser leurs craintes. Dans leur propre intérêt et dans celui de leurs patients."

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Ce paragraphe m'a interpellé il y a deux ans, et la douloureuse expérience d'une amie m'y refait penser ce soir.

Mon point de vue a "toujours" été qu'aucun accompagnant de santé n'est neutre dans sa démarche. Il y a toujours une énergie inexprimée (issue d'une victoire, d'une faille, d'une programmation ...) qui dirige son action. Au patient/client d'être vigilant à ce qui lui est proposé. Est-ce bon pour moi ? Est-ce en accord avec mes valeurs ? Ai-je été écouté ? Vais-je être soigné ou vais-je guérir ? ...

Je suis celle qui me connais le mieux. Je ne donne jamais le plein pouvoir du soin à un être étranger. Je questionne, je me documente, je remets en cause, jusqu'à être sûre que mon choix d'action est le meilleur pour moi à l'instant T. Combien de fois ai-je appris des choses à des spécialistes parce que ma curiosité, mon autre concept de la santé m'avaient menée sur un chemin opposé à leurs croyances ! Nous sommes responsables de notre bonne santé et la limite est pour moi bien au-delà de la blouse blanche qui s'asseoit en face de moi.