J'ai suivi les ateliers Faber & Mazlish pour apprendre à éduquer mes enfants avec comme ligne de conduite, le respect mutuel. Ma démarche était en lien avec ce que l'allaitement m'avait fait découvrir de la relation humaine.

 

Le 1er atelier parlait des sentiments difficiles : Comment écouter nos enfants pour accueillir toutes leurs émotions. Comment leur parler pour qu'ils comprennent ce qui se passe en eux.

Pour illustrer la difficulté qu'ont nos enfants à sortir seuls d'un état émotionnel "fort", l'animatrice nous avait montré un dessin expliquant le fonctionnement de l'envahissement émotionnel. On parle aussi de ballon émotionnel.

Imaginez un rond coupé à l'horizontal en deux moitiés égales. La partie du bas (50%) = notre partie émotionnelle (instinct). La partie du haut (50%) = notre partie mentale (raisonnement).

 

Phase 1Quand nous allons bien, les deux parties sont en équilibre. Elles prennent "schématiquement" le même volume dans notre tête. En relation, nous sommes à la fois dans le mental (intellect) et le ressenti (émotions).

 

Quand nous rencontrons un problème, la partie émotionnelle gonfle jusqu'à réduire la partie mentale à peu de présence. Concrètement nous sommes submergés par un ou des sentiments "négatifs" (stress, peur, culpabilité ...) et le peu de raisonnement qu'il nous reste nous permet difficilement de reprendre le dessus.

 

phase 2

Comment revenir à un état d'équilibre ?

Jusqu'à 7 ans, l'enfant est incapable de raisonner ses émotions. Avant (cet âge), ses émotions l'envahissent à 100% ? Ca veut dire qu'il ne lui reste même pas une part de mental pour prendre du recul sur la situation. A nous (l'adulte) de l'aider à comprendre ce qui se passe et à dégonfler la pression intérieure en nommant le sentiment. Les effets de l'écoute active sont radicaux : le ballon se perce, les émotions difficiles s'évaquent, le mental reprend de la place, le raisonnement aide à revenir à soi.

 

PHASE 3

 

Cette technique marche aussi bien pour les enfants que les adultes. Je l'ai utilisée il y a deux mois pour tenter d'enrayer une situation de tensions familiales qui prenait une tournure dramatique.

Un dimanche où enfin il fait beau ! Au bord d'un lac. Il est 13h. Les familles pique-niquent. Il fait 35° au soleil.

Pas très loin de nous, il y a une famille composée d'une petite fille 18 mois, d'un petit garçon environ 3 ans, du père, de la mère et de la grand-mère.

 

La mère se lève et se dirige vers son fils de 3 ans qui mange un sandwich. Elle le tire par un bras pour le mettre debout, lui donne une fessée magistrale, le rassoit. Elle revient à sa place en criant : "J'en ai marre de ses gosses. J'en peux plus". Elle se rassoit aussi. Le garçonnet pleure. Elle le reprend : "Arrête de pleurer. Tais-toi. Je ne veux pas t'entendre". Le mari ne dit rien. La petite soeur de 18 mois est muette. La grand-mère s'est absentée. Je viens d'assister à cette scène. Je suis à 4 mètres. L'enfant n'avait rien fait d'anormal pour déclencher cette violence. Deux fois auparavant, j'ai vu la mère puis le père le tirer fortement par un bras pour l'extirper d'une situation qui les stressait mais dont ils étaient responsables (transfert de leur peur ; comportement irresponsable exposant à un danger mortel).

Je trouve cette scène d'une violence physique et psychique inouies et profondément injuste. Quelle gratuité. Je sens le dégoût monter en moi. J'ai une envie de vomir, c'est extrêment violent. Cette mère passe sa colère, ses nerfs sur son fils. Depuis une heure qu'ils sont arrivés sur la plage, je sens une escalade émotionnelle en elle. Contre qui en a-t-elle réellement ? Et son mari qui laisse faire !!!

 

Je me pose alors les questions typiques : je fais semblant d'avoir vu ou j'interviens ? Je dis quoi ? Je prends la défense de qui ? Que ressent cet enfant ? Que peut-il faire ? Comment agir sans que cela retombe après sur le gosse ? Est-ce que je vais me prendre une baffe ? Qu'aimerait l'enfant ? Est-ce que je reste lâche ? Que me dit mon coeur ?

 

Je laisse mon enfant jouer à la structure de jeux et fais quelques pas vers cette famille. Le petit garçon est installé sur une couverture en plein cagnard sans chapeau. Il essaie de manger son sandwich sans hoqueter. Sa mère, son père et sa soeur sont sous un parasol à 3 mètres de lui.

Je ne me souviens plus de comment j'ai engagé la conversation avec l'enfant car cela date, mais je lui ai simplement demandé s'il n'avait pas trop chaud et soif ? Evidemment en très peu de temps la mère s'est approchée de moi furax pour m'invectiver sur le thème de "de quoi je me mêle ?" :

- "Vous vous prenez pour qui ?

- Je sens que vous êtes en colère contre moi.

- De quel droit venez-vous nous dire ce que nous avons à faire ? Elle lève un peu la main.

- Vous êtes vraiment en colère ! Je vous ai énervée quand j'ai demandé à votre petit garçon s'il avait chaud et soif ?

- Je suis sa mère et je sais m'en occuper.

- J'en suis sûre.

- Je vous demande de partir. Occupez-vous de vos enfants.

- Je vais partir. J'entends que je vous ai blessée. Mais je ne vous juge pas. Moi aussi je suis maman. Il m'arrive d'être très fâchée contre mes enfants. C'est difficile d'être maman et de toujours faire au mieux. Parfois on en a marre et on aimerait que ça s'arrête.

- Laissez-nous tranquille.

- Bon après-midi."

 

La grand-mère était revenue sur sa paillasse au début de notre échange tendu. A peine étais-je retournée à la structure ludique retrouver mon Benjamin que le climat familial commençait à changer. La grand-mère reprenait mes propos en soulignant que l'enfant pouvait attraper une insolation et invitait son petit-fils à s'asseoir à côté d'elle à l'ombre, lui proposant à boire. Puis j'ai senti la mère se détendre. Enfin une heure plus tard, le père jouait avec ses deux petits alors qu'auparavant, il faisait tapisserie.

  • Avoir nommé les sentiments de la mère l'a aidée à dégonfler son ballon émotionnel et permis une détente générale de l'atmosphère
  • Avoir pris la défense du petit par le biais de la santé (prévention) lui a permis de réintégrer le groupe sans humiliation.

 

C'est une sacrée expérience pour moi qui d'habitude n'ose pas intervenir. Or je fais partie de la collectivité et ai une part de responsabilité dans ce qui se passe (encore plus) sous mes yeux. J'espère à nouveau trouver le courage la fois prochaine.

Rock Rose : s'investir de la force du héros / Vervain : défendre une injustice tout en écoutant le point de vue d'autrui

Rock RoseVervain